Instants de vie et volontariats au Manitoba

27 juin, 20h30. Falcon Trails Resort, Manitoba.

Vingt jours se sont écoulés depuis mon départ de Montréal. Me voici désormais pognée au Manitoba. Si vous ne situez pas bien, jetez un coup d’œil sur une carte du Canada et pointez le doigt pile au milieu. C’est là où je suis, plus précisément à deux heures de route de Winnipeg, au Falcon Trails Resort.

Premier plouf au Canada - Ponton du Falcon Lake

Premier plouf au Canada – Ponton du Falcon Lake – (c) Laetitia Lamarcq

Ce premier article ne va pas détailler mes deux volontariats mais plutôt me servir d’exutoire ! Car ce PVT me décape complètement. J’ai juste besoin de vous raconter mon nouveau départ, mon style de vie et mon état d’esprit, afin de vider le surplus émotionnel qui m’envahit depuis quelques jours. Je ne sais pas bien par où commencer tellement les émotions fusent de toute part. Tout est intense, tout est décuplé, tout se noue et se dénoue dans le ventre. Cela ne fait pourtant qu’un peu plus d’un mois que je vis au Canada, et que d’aventures déjà…

Pour vous (re)mettre dans le contexte, j’ai fait le choix de quitter Montréal, seule, et de ne pas m’installer. Je n’ai pas cherché d’appartement car on m’a vendu une voiture break aménagée pour partir sur la route. Je l’ai tout de suite bien sentie cette aventure, car rien ne parait dangereux ou risqué ici (excepté les ours, les grizzlis et les cougars – petits points de détails !). J’ai compris, grâce aux rencontres et au système du volontariat, qu’il y avait une alternative à la vie de PVTiste sédentaire. Et que celle-ci m’enrichissait humainement et intérieurement (c’est peu dire ;-)). J’ai donc fait le choix de consacrer une année (voire plus) à la vie en pleine nature, entre roadtrip, wwoofing et volontariats dans différentes structures qui m’intéressent (tout comme l’ont fait avant moi, Anne et Nicolas du blog Anola le Mag). Je me suis dit que je ne voulais pas quitter ma vie de citadine en France pour retrouver la même en copier-coller à Montréal (à savoir boulot, métro, apéro, dodo). Même si j’adore Montréal, je voulais que ce voyage me transporte, me coupe le souffle et me change la vie. Alors, j’ai fuit la ville. Actuellement je vous écris en mode hors ligne dans une cabane au cœur du Manitoba, au bord d’un lac, sans eau courante ni électricité, c’est dire le changement.

Vue depuis le "Boat House" du Falcon Trails Resort

Vue depuis le « Boat House » du Falcon Trails Resort – (c) Laetitia Lamarcq

Pour vous expliquer le principe du volontariat – wwoofing, il s’agit de structures, fermes ou familles qui offrent le gîte et le couvert en échange de 20h de travail par semaine (environ). Si vous décidez de travailler davantage, vous pouvez être payés. Il est plutôt facile de trouver des volontariats. Je n’ai pour le moment pas rencontré de difficultés. Il existe au Canada le site www.wwoof.ca (50 dollars l’inscription) et le site HelpX (inscription gratuite). C’est tout simple. Il suffit d’envoyer un mail à l’hôte qui vous intéresse et vous avez le plus souvent une réponse rapide. Vous pouvez aussi y aller au culot et proposer d’être volontaire dans un endroit qui vous attire peu importe qu’il soit inscrit sur ces sites ou non (ce que j’ai fait). Certes, on pourrait résumer cela à : « oui bon, elle bosse gratuitement et ce n’est pas un vrai travail », mais moi je vois ça différemment. Grâce au volontariat, vous voyagez et apprenez à parler anglais (my god, i’m just learning). Vous vivez dans une famille et échangez avec les « vrais » gens du Canada. Vous travaillez en tant que « journalier », c’est-à-dire que vous offrez vos mains et vos compétences, peu importe la tâche et peu importe que vous ayez un diplôme, X années d’expériences, des compétences précises ou que sais-je encore. Ici, c’est la motivation qui compte. Le volontariat est accessible à tout le monde, il permet de se laver la tête et de découvrir des « travaux pratiques ». Alors oui, il y a des tâches pas très funky comme le nettoyage, mais cela est utile et fait plaisir à la personne qui vous reçoit. Vous avez la possibilité de cuisiner pour vos hôtes, avec au passage, pléthore de découvertes culinaires (dans les deux sens). Vous pouvez jardiner, vous occuper du potager, prendre soin des animaux, vous occuper de différentes activités ou travaux extérieurs, voire même aider à la construction d’une maison ! (ce que je fais actuellement avec la construction d’un éco-lodge isolé en ballot de paille… ah oui ça me change du travail devant un ordinateur ce PVT !) Un volontariat peut durer 15 jours, 1 mois,… 6 mois (voire plus !). A vous de choisir suivant le feeling ! Personnellement, j’ai décidé de voyager à travers le Canada, doucement, avec des temps d’arrêt très variables (10 jours à 6 mois !). Tout cela est rendu possible car vous n’avez pas de frais de loyer, ni frais d’alimentation ou factures (juste l’essence et les extras à payer, donc pas besoin d’être riche…). Alors, cool non ? Vous partez quand ? 🙂

Une activité en tant que volontaire : aider à la construction du lodge isolé en ballot de paille ("strawbale house") Ça avance bien ! Ouverture prévue au mois d'août au Falcon Trails Resort - (c) Laetitia Lamarcq

Une activité en tant que volontaire : aider à la construction – finition d’un lodge isolé en ballot de paille (« strawbale house ») Ouverture prévue au mois d’août au Falcon Trails Resort – (c) Laetitia Lamarcq

Pour en revenir à mes caribous et comme je vous le disais en introduction, j’en suis à mon vingtième jour dans le Manitoba, et il s’en passe des choses… Sans vouloir me la raconter genre palmarès des activités, je tenais juste à vous transmettre un peu la puissance de ce type d’expérience (pour vous donner envie de vous lancer à votre tour, why not ;-)). Depuis que je suis ici, j’ai pu tester mon van et gérer les fameuses galères du début (trois réparations). J’ai été accueillie à Winnipeg par un couple et une communauté francophone solidaire et attachante. Il faut le voir pour le croire ! Ce n’est pas sans me rappeler l’accueil des ch’tis. Ici c’est la même chose, les gens ont le cœur sur la main. Avec mes nouvelles connaissances, nous sommes partis faire une journée de canoé le long de la « Seine River » de Winnipeg, un petit paradis flottant. C’est ensuite avec des étoiles plein les yeux que j’ai eu la chance de participer à deux soirées concerts très sympathiques, ce qui m’a fait prendre conscience de l’importance de la musique et de l’amitié chez les Franco-Manitobains. Ces quelques jours m’ont véritablement transportés…

Pause Ice Cream bien méritée pour la team canoé francos-manitobaine ! - (c) Marie Seillery

Pause Ice Cream bien méritée pour la team canoé franco-manitobaine ! – (c) Marie Seillery

Concernant mon premier volontariat, il a été court mais intense : 10 jours dans le bush, à la ferme, à 1h de Winnipeg. Le couple était humainement incroyable. Je me suis occupée du potager, de la cuisine, du nettoyage et j’ai surtout pu faire mes premiers pas en anglais avec eux, mais également avec le voisinage, avec leur chat Jacqueline et leurs poussins-piou ! Je consacrerai un article à ce volontariat car je recommande vivement aux voyageurs de s’arrêter chez Kerri & Neil Bryan de « The Landing Well Project ».

Kerri Bryan - hôte au grand cœur de la ferme "The landing well project" - (c) Marie Seillery, Petite Souris Photographie (avec qui j'ai partagé quelques jours à la ferme)

Kerri Bryan – hôte au grand cœur de la ferme « The landing well project » – (c) Marie Seillery, Petite Souris Photographie (avec qui j’ai partagé quelques jours à la ferme)

Depuis quelques jours, je vis désormais au Falcon Trails Resort, dont l’activité principale est la location de lodges en bois situés sur les berges de deux lacs (+ la gestion d’une petite station de ski durant l’hiver). Cet endroit est paisible et magnifique, idéal pour se ressourcer et sentir le retour « à la terre ». Je suis hébergée chaleureusement par les gérants (Barb & Craig). Je m’occupe de la cuisine, du nettoyage des lodges, et j’aide à la construction du nouvel éco-lodge en ballot de paille. Entre les planches, les échelles, les fenêtres et divers exercices forestiers, je fais sauter la chienne Aïla dans le lac, pour qu’elle aille chercher son bâton, encore et toujours. Il est surprenant de voir à quel point les animaux respirent ici la zen attitude (exceptés les moustiques, totalement affamés et psychopathes).

Cette nuit je dors donc dans le « boat house », ouvert et entouré de moustiquaires, histoire de ressentir l’effet de la nuit à la belle étoile. Il n’y a que la lumière de mon écran pour me ramener à la civilisation. Demain, je me lèverai tôt, pour aider Caleigh (la fille des gérants) à bâtir cette maison. Planche après planche, j’en profite également pour bâtir ma nouvelle vie, tout en simplicité, sans superflus.

Si tu penches la tête par la fenêtre... *-* - (c) Laetitia Lamarcq

Si tu penches la tête par la fenêtre… *-* – (c) Laetitia Lamarcq

Je suis à la fois fatiguée et remplie d’énergie, à l’écoute et admirative, heureuse et inquiète (car chaque jour réserve son lot de surprises)… Je flirte avec les limites de l’hyper sensibilité, je ne comprends rien à toutes ces belles choses de la vie, du voyage, de la route, des rencontres. Mais que j’aime ça ! J’ai encore tellement de choses à apprendre, tellement de choses à vous dire, mais il faut bien s’arrêter d’écrire. Je vais profiter de l’instant présent, observer la valse nocturne des lucioles, remercier le Permis Vacances-Travail d’exister et enfin rêver…  Rêver à cette vie au bord du lac, au folk festival qui m’attends, au mois d’août dans les Rocheuses et à un nouveau volontariat, à mon arrivée prévue au Yukon en octobre, à ma saison hivernale avec un couple de musher qui s’annonce intense en émotions…Et que sais-je encore…

A venir cet hiver : un volontariat de 6 mois chez Alayuk Adventures dans le Yukon... *-*

A venir cet hiver : un volontariat de 6 mois chez Alayuk Adventures dans le Yukon… *-* – (c) Alayuk Adventures

Allez, une dernière phrase pour la route et je vous quitte. C’est une citation de Sylvain Tesson que mon amie Marie m’a offerte il y a quelques jours sur un bout de papier. Je voulais la partager avec vous car je trouve que cela résume parfaitement tout mon brouillon introspectif… Qu’en pensez-vous ? :

« En voyage, on se frotte l’âme et le corps. Partir décape. On usera du monde, de son étrangeté, de ses beautés comme papier de verre. Le mouvement métamorphose les âmes vagabondes. »

19 réflexions au sujet de « Instants de vie et volontariats au Manitoba »

  1. Article magnifique, intense, écrit avec le feeling, les mots de la vraie vie, des photos réussies (avec le GX1, j’imagine) c’est tout simplement beau.
    le début m’a fait un peu peur (« tout se noue et se dénoue dans le ventre … »)
    la citation finale m’a rassuré !
    en plus, te voilà devenu véritable écrivain, au style très personnel, et je ne doute pas que tu fasses un jour un livre comme l’a si bien fait Marcelle Fressineau !

    ton Daddy qui t’aime 😉

    • Houla daddy je ne suis pas là d’écrire un livre lol je suis juste une petite bloggueuse du dimanche moi ahahah ! Et oui je commence à tester le GX1 je pense qu’il y a de quoi s’amuser ! Vivement que je découvre les écrits de Marcelle Fressineau (ndlr: la femme qui s’occupe de Alayuk Adventures tient un blog : http://www.marcelle-fressineau.com/)

  2. Merci TiTi !!
    pour ce partage … vrai … de toutes ces émotions qui te submergent … ce n’est que du Bon !!
    Le temps de lire cet article … de nous imaginer le Manitoba … et nous sommes près de toi pour partager ce nouveau goût de la Vie … Hummm …
    Alors restes en mouvement … collectionnes ces nouveaux papiers de verre … papiers de vie… papiers d’envie … et nous partons avec toi sur ces routes parallèles …
    Des bisous tout plein … Cariños … de Flo

    • Merci à toi ma flo pour ce mot d’encouragement 🙂 Je reste en mouvement et goute pleinement à la vie, je continuerais à partager avec vous mes bouts de chemins. J’aimerais que tu fasses un bout de route avec moi ! I miss you ! Et au passage tu me fais penser à la chanson « les p’tits papiers » ahah 😉 Bécots

      • Yes ! I miss you too !!
        Pas de sissou p le bout de route !!
        maintenant q je sais que tu seras dans le Yukon tout l’hiver !! (Y’a pas à dire t’aimes vraiment le Grand Froid …) Bref , y’aura la route du retour à faire … et la transcanadienne au printemps ? faut y réflechir !!
        Bon p les petits papiers … vas -y surnommes moi Régine tant que t’y es !! j’t’en voudrais à mort 😉

        • OK Régine lol ! On peut faire la transcanadienne ouest – est au printemps / été prochain. C’est ce que j’ai prévu dans ma petite tête (mais je dois faire le tour du poteau en mai avant cela – je serai surement du côté soit du Yukon, soit de Vancouver, soit de…???). Donc on garde tout ça en tête, y’aura plus qu’à organiser… 🙂

  3. Super ton article ! J’adore vraiment ! Ton style d’écriture se peaufine petit à petit, c’est un bonheur de te lire ! (et ça me donne de plus en plus envie de suivre ta route : tout va dépendre si je trouve un boulot ici qui m’intéresse d’ici cet automne ! 😉 )

    • Merci Lola 🙂 Je ne suis pas une grande littéraire, mais j’écris simplement, avec mon coeur. Je suis contente que ça te plaise ! Et si tu veux me suivre ou tenter l’expérience, n’ai pas peur et fonce ! Le volontariat ça a clairement du bon ! Tu verras d’ici cet automne, en attendant, courage pour la dernière ligne droite de ta thèse !

  4. Hahaha! Je kiffe que tu ai juste quitté Montréal pour partir dans la nature!
    C’est absolument ce qu’il faut faire. J’espère que les gens qui liront ton carnet de route auront vraiment envie de tenter l’aventure.
    Perso, nous on ne sait toujours pas où passer l’hiver, peut être un ranch car j’adore les chevaux:p
    xxx
    Elodie

    • Yeah tu m’étonnes ! Ca a l’air pas mal l’idée de trouver un ranch ! Je pense que t’as de quoi trouver ! SI tu manques de plans pour l’hiver, sache que tu peux demander d’être volontaire ici au Falcon Trails Resort. Il y a un ranch à côté mais j’ai pas encore été voir 😉

  5. Tu as enfin testé les moustiques du Canada, je me revois dans la situation avec un nuage de moustiques me poursuivant toute la journée (a la fin tu te dis qu’une fois que tu n’auras plus de sang ils pourront plus t’en prendre).

    Super article, c’est impressionnant ce que tu racontes, tu as l’air de prendre la vague et d’aimer çà !

    Et ton papounet a raison tu as un beau style, ca donne envie de lire le prochain article!

    • Merci beaucoup mon petit mouton ! Ah toi aussi tu t’es fait manger à chaque cm² de ta peau ?! C’est impressionnant hein, heureusement que j’ai la lotion « calamine » c’est ma meilleure amie depuis que je suis ici ! Vivement que j’attrape le sang canadien et que les moustiques aillent voir ailleurs…

  6. Bravo ma morue, ce voyage te change vraiment, tu deviens presque sensible et humaine ( et oui je lis tes articles 😉 )

    • mdrrr trop bon ma morue est làààà 🙂 youyou 🙂 bé oui je m’améliore avec le temps peut-être, comme le bon vin ! Des bécots à ma mégère que j’@ !

    • Hum hum poème!!! Rêver les yeux ouverts: sa route est une île dans un océan de solitude, une île dont les rochers sont ses espoirs. Les arbres ses rêves. Les fleurs sa solitude et les étoiles sont inspirations. L amour de cet aventure humaine et sensible fleurira ce qu’on appèlera l’arbre de l’éveil (dit le changement). On ne peut pas dompter une rêveuse. Piou piou lol

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