Introspection, quand tu nous tiens !

Voyager ajoute à sa vie, voyager enrichi l’esprit de milles expériences mais voyager ramène avant tout à soi. Lorsque l’on part, les ailes nous poussent dans le dos et on pense balayer d’un coup tout son bagage enfoui de contrariétés et autres problèmes existentiels. Malheureusement c’est un leurre. Les bagages réapparaissent et c’est eux qui vous balayent. J’ai pu expérimenter ça à Cortes Island, après quatre mois de vie sur la route. Etre isolé sur une île m’a a la fois épanouie et perturbée au plus au point. Pour tout vous dire, mes premières larmes ont débarquées là-bas, un matin sans crier garde. Que se passe t’il ? Pourquoi là, d’un coup ? La fatigue peut-être ? Impossible de contrôler. Il faut dire que mon rythme est très soutenu et qu’expérimenter la vie et le travail en pleine nature n’est pas si naturel et facile pour les citadins que nous sommes (étions pour ma part). Il faut réapprendre « les bases » de la vie et le sens du mot « don »…

Le soleil se lève tout doucement... Il est l'heure d'admirer le ciel et d'aller traire notre vache !

Le soleil se lève tout doucement… Il est l’heure d’admirer le ciel et d’aller traire notre vache !

Vivre, respirer, écouter, apprendre, travailler, cultiver, récolter, cuisiner, partager, méditer…

Dis comme ça, ces verbes paraissent simples et logiques, et bien ça ne l’est pas. Encore moins lorsque vous êtes seule à l’étranger et que vous vivez votre quotidien en apprenant une nouvelle langue, une nouvelle culture, de nouveaux codes, de nouveaux métiers. Ne pensez pas que je suis en vacances, je travaille dur entre mes instants de tourisme et ce n’est pas tous les jours une partie de plaisir. De plus, je suis souvent en position d’écoute. Fini la vie « au centre de l’attention », je suis passée en mode observation. Mes conversations en anglais progressent mais restent encore  limitées. J’apprends à accepter ce qu’implique le mot patience !

Côté travail, le jardinage, le travail à la ferme ou le nettoyage dans un resort peuvent être des activités éreintantes. Il y a encore quelques mois, je travaillais en France 8h par jour devant un pc en tant que « cadre supérieur ». Pas de quoi se sentir épuisée, si ce n’est psychologiquement. Désormais, je travaille 6 à 10h par jour dehors, peu importe la météo. Mon volontariat actuel dans une grande ferme biologique au nord de l’Alberta implique d’être dès 7h du matin sur le terrain en mode « je vais traire ma vache » ! Vous visualisez un peu le changement de vie ? Physiquement et psychologiquement, il faut être fort. Petit à petit, je le sens bien, mon corps et mon esprit se transforment simultanément, au contact des gens, de la terre et de l’énergie solaire. Il faut dire que tout est interconnecté. Le principe même de la vie. Découvrir le Canada grandeur nature, comprendre et agir… ça sonnait sympa au départ dans ma tête. Mais je ne m’attendais pas à ça… je veux dire, à tout ça. A l’overdose de sensations. Aux montagnes russes émotionnelles. A l’émerveillement. Au surplus de beauté. A l’épuisement physique…

Jesse et moi sur le quad - entre deux travaux dans le champ (Peace River, Alberta) - Au loin, Jacob, un autre wwoofer !

Jesse et moi sur le quad – entre deux travaux dans le champ (Peace River, Alberta) – Au loin, Jacob, un autre wwoofer !

Points positifs : je suis heureuse et fière de ce que j’ai déjà accompli. Je ne regrette rien et n’ai pas du tout envie de rentrer. Désormais, je veux vivre simplement, agir différemment et arrêter d’être écolo entre deux McDo. Je ne peux plus faire machine arrière car mes convictions que j’avais en France ce sont renforcées au contact des militants canadiens… Si vous vous demandez à quoi ressemble ma nouvelle vie ? Elle se trouve depuis quatre mois les mains dans la terre. Là, sur les quelques parcelles canadiennes où les OGM et le round-up n’ont pas encore leur place.

La découverte du Canada rural, biologique, écolo... Ce Canada hors des sentiers battus a de quoi chambouler !

La découverte du Canada rural, biologique, écolo… Ce Canada hors des sentiers battus a de quoi chambouler !

Mais soudain, tout se met à vaciller. Ma vie se construit-elle, se déconstruit-elle ou se reconstruit-elle ? Je ne sais pas, je ne sais plus, tout bouge tellement si vite… Je n’arrive pas à ralentir la machine…

J’entame alors le premier « mini bilan » de PVT dans ma tête :

Si j’essaye de comprendre ce qu’il m’arrive, je suis en train de vivre une année en solo, sans entrée d’argent, en vivant du volontariat, au plus proche de la nature canadienne. C’est fou tout ce qu’il m’arrive ici depuis quatre mois. Tout ce que je commence à comprendre sur le sens du travail et du partage. Et dire que dans quelques jours, je prendrai la route pour le Yukon afin de vivre et de travailler avec des chiens de traineaux tout l’hiver… Un rêve devenu réalité. Je sais que ça ne sera pas facile. Mon cerveau et mon corps sont – heureusement – déjà en transition mais frôlent le burn-out chaque jour. Le travail à la ferme est un bon entrainement. Cela dit, vais-je tenir le rythme ? Suis-je réellement prête à vivre l’hiver canadien, si froid et si noir ? Je panique… « Winter is coming »…  J’ai peur pour la première fois, il faut dire que j’ai perdu tous mes repères et toutes mes habitudes. Il faut que je respire. Ce n’est pas si difficile, c’est si pur et si beau ici. Je prête attention à tout ce qui m’entoure désormais. Je n’étais pas comme ça avant. Il faut dire que c’est difficile de voir la beauté au coin de sa propre rue. On me dit souvent que j’ai de la chance, que je fais rêver, que vis une expérience exceptionnelle. Certes, mais si vous saviez comme c’est dur aussi. Il est vrai, je me sens pleine de vie et en bonne santé. L’accueil des canadiens est exceptionnel. Mais je travaille si dur. Je suis K.O tous les soirs. Je dois lutter contre la solitude, contre le manque grandissant de ma famille et de mes amis… Est-ce cela le prix de la liberté ? En tout cas, quelque chose me rassure : les canadiens, ils me disent que j’ai un « great spirit ». Mais moi (il y a toujours un « mais »), j’ai ce sentiment de ne pas encore avoir trouvé le bon équilibre… J’espère ne plus être loin.

Au top du Sulfur Skyline Trail - Une vue à 360° sur le parc national de Jasper... Un moment de pure merveille rendue possible grâce au PVT !

Au top du Sulfur Skyline Trail – Une vue à 360° sur le parc national de Jasper… Un moment de pure merveille rendue possible grâce au PVT !

Bref, on m’avait prévenu, après les trois premiers mois de voyage tout beau tout rose, l’esprit s’amuse à vagabonder et à nous surprendre à chaque virage… Je constate que c’est vrai, alors j’écris ce processus à mon tour. Tapoter sur le clavier et partager, ça me fait du bien. Malheureusement décrire ce qu’il se passe réellement en moi relève de l’impossible. Je ne peux donc que vous livrer ce brouillon d’introspection. Cela dit, si quelqu’un comprend quelque chose, n’hésitez pas à m’aider.

L’aventure solo est enrichissante mais peut parfois être réellement perturbante ! Qu’est ce que ça va donner dans un an !?

Sur ces belles paroles, bonne nuit... @Cortes Island... !

Sur ces belles paroles, bonne nuit… @Cortes Island… !

7 réflexions au sujet de « Introspection, quand tu nous tiens ! »

  1. « arrêter d’être écolo entre deux McDo », la formule est bien trouvée … et résume magnifiquement ton état d’esprit actuel. Avant, tu « jouais » ta vie, un peu comme la plupart; à présent, face à la vraie beauté, tu participes, tu sens que c’est là qu’il faut être. C’est sans doute pour ça que tu bosses dur, car tu ne veux pas n’être qu’une simple « spectatrice », mais t’intégrer au groupe, être AVEC eux, et non à côté …
    et comment ne pas partager avec toi, quand tu te racontes aussi bien ? J’aime ton introspection … sans concessions !
    je ressens aussi ton appréhension légitime face au prochain hiver … et à Marcelle Fressineau ! Mais ton vrai bonheur et ta liberté sont là-bas, donc … tu peux TE faire confiance !
    Je t’envoie mille bécots de ch’nord !

  2. je pense (sans prétention) que je « comprend » tout ce que tu vis et décris si bien, (ça me ramène à tant de moments) .. il y a des fois où cela nous saisit aussi au coin d’une rue, mais c’est vrai bien plus souvent quand on est « loin », tu vis un sacré concentré d’ailleurs et sur une longue durée ! je pense que tu as compris une chose essentielle dans ces moments là : respire 🙂 !
    en tout cas moi je t’admire pour tout le côté « physique » de cette aventure (je me doutais bien que c’était harassant !), et je te remercie de partager tout cela avec nous !

  3. Salut Titi je suis d’accord avec Daddy le Mac Do est bien trouvé ,Quand je regarde ces jeunes en France qui glandouillent en attendant que les aides de l’Etat tombent tous les mois ,quelle perte de temps, quelle erreur ils font !!! La vie n’est pas devant ma porte ?? je la cherche ailleurs ,le temps passe trop vite pour rester sur son cul. Bien sur tout le monde ne peut « faire » le Canada mais quand même aujourd’hui c’est L’Europe et il y a de quoi faire.même en France. L’argent n’est pas tout et nous le savons maintenant Tu es un exemple pour bien des jeunes .Titi je te félicite pour ce que tu es et pour ce que tu fais de ta vie
    Un débris d’Ennevelin

  4. un trop plein d’émotions ? c’est normal c’est fantastique ce que tu vis, le plus sédentaires des sédentaires ne peut que t’envier, oui l’hiver arrive mais tu vas gérer comme tu as tout géré jusqu’à présent. no souci.

  5. Bonjour Laetitia,

    Je t’avais laissée à Vancouver Island. J’étais ébahie par ton aventure et par transitivité, éblouie par la beauté qui te coupait le souffle. Je te retrouve beaucoup de kilomètres plus loin, bien vivante,, assailie par les émotions et les sentiments contradictoires, fatiguée et déboussolée.
    Que dire…que nous sommes nombreux à te suivre, à te soutenir si il le fallait, à penser que tu es « une guerrière » au sens noble du terme, parce que tu vas de l’avant, tu défriches, tu te bats pour trouver ce que tu cherches, (le chemin sera peut être, plus long que ton voyage au Canda…) Tu as le droit de te reposer aussi…
    Ce que ça va donner dans un an ? Qui sait ? En tout cas moi, je ne suis pas inquiète pour toi.
    Je t’embrasse fort.
    Karine de Coucelles les Bains et de la Porte des Vallées

    • Salut Karine ! Merci beaucoup pour ton message ça me touche beaucoup que tu suives mon aventure ! Et oui c’est très intense donc on vit forcément des pics très hauts et des petites retombées. En tout cas je continue de défricher, le repos n’est pas vraiment au programme, je suis maintenant au Yukon et la saison hivernale avec les chiens de traineaux s’annonce intensive ! Mais quel bonheur de vivre au grand air… J’espère que tout va bien pour toi, pensées et bisous du canada vers lezennes et courcelles !! ahah

  6. Salutation voyageuse :). Pour commencer dans la vie, tant que tu suivra le bon chemin tu récoltera se que tu sèmera, laisse toi importer par ce vent naturel et tout deviendra si simple. Si tu est la bas s’est que tu a suivi ton rêve, donc ne le lâche pas d’une semelle ! Les expériences que tu vivra te feront avancer automatiquement sans que tu puisse voir se qu’il va arriver. On perçoit se que l’on veut voir, ainsi dit ta vie tu la regardera comme toi tu la verra :). Je te souhaite de réussir dans ta quête et que le vent t’emmène toujours plus loin avec des photos dans la tête *SOUVENIR ON*. Juste un internaute qui VEUT vivre ses rêves et qui avec certitude dit : Recette du bonheur : – Quand on le veut vraiment nos rêve se réalise et mon cœur me transportera à travers eux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *