Passer l’hiver au Yukon : du rêve… à la réalité !

Cap vers le Nord… mon rêve de Yukon

Je ne me souviens pas précisément d’où me vient ce rêve. Parfois un pays ou une région nous appelle depuis tellement longtemps qu’on n’en saisit plus l’origine. Cela n’a d’ailleurs pas d’importance, on souhaite juste y aller.

Dans ma tête, le Canada sans les territoires sauvages du Nord, sans les cabanes isolées, la neige, le grand froid, les huskies, le traineau à chiens, ça n’avait pas de bon sens ! Je ne pouvais pas vivre mon PVT sans me rendre jusqu’au Yukon. C’était une évidence. J’ai toujours senti que ce territoire était magnifique, alors peu importait le nombre de kilomètres à parcourir, il fallait y aller. J’ai quitté Montréal début juin la tête braquée vers le nord. Doucement, j’y arriverais jusqu’à Whitehorse !

J’ai pu apprécier chaque instant avec PonPon d’est en ouest, et après un fabuleux road trip vers le nord sur l’alaska highway, je pénétrais enfin dans la ville de Whitehorse, accompagnée de mon amie Marie et des premiers flocons de neige. Un beau cadeau après cinq mois sur la route. Le Nord, ses grands espaces et sa nature sauvage étaient enfin à la portée de mes petits pieds ! L’exploration pouvait commencer, là où règne un habitant au kilomètre carré…

Une superbe randonnée à Bonnevilles Lakes, près de Whitehorse - Huge Yukon ! Crédit photo : Routes parallèles

Une superbe randonnée à Bonnevilles Lakes, près de Whitehorse – Amazing Yukon !

Etre volontaire (Handler) à Alayuk Adventures

Venir dans le Grand Nord en tant que touriste est une chose, venir y vivre est autre chose. Je suis arrivée à Whitehorse début octobre, avec le projet d’y rester tout l’hiver. Sans réfléchir et sans savoir à quoi m’attendre, j’ai fait une demande pour être bénévole dans une entreprise familiale de traineaux à chiens et d’aventures outdoor : Alayuk Adventures. Marcelle (musher depuis plus de vingt ans, d’origine suisse) et Gilles (son compagnon québécois) m’ont répondu positivement pour les accompagner durant la saison hivernale.  Je serai « handler » avec Juliette (une autre française), c’est-à-dire que nous aiderons le musher (Marcelle) dans ses activités quotidiennes.

Ready to go ! Aventure, me voilà !

Ready to go ! Aventure, me voilà !

Je me suis dit que l’expérience devrait me plaire car depuis mon enfance, je rêve de vivre avec un (ou plusieurs) husky. J’aime énormément les chiens, et ceux-là en particulier. Ils m’ont toujours attirés car ils sont magnifiques, puissants et sauvages. Cela dit, avant d’arriver au Yukon, je n’avais jamais eu l’occasion d’en côtoyer et je ne connaissais strictement rien à l’activité du traineau à chiens. J’en avais une vision « romantique », très « carte postale » du musher entouré de neige, ne formant qu’un avec ses chiens. Naïvement, mais remplie de bonnes intentions, je me suis engagée pour six mois au grand air ! Cap vers l’aventure !

Vie de Musher

Je découvre dès mon arrivée à Alayuk Adventures qu’être Musher est un choix de vie qui n’est pas de tout repos. Le quotidien est rude, exigeant. Le musher doit penser en continu à ses chiens et vivre en harmonie avec eux. Toute la vie tourne autour du chenil, des entrainements et des sorties. Puisqu’une meute de chiens, ça fait du bruit, le chenil est situé dans un endroit isolé, à environ 1h de la ville. Le temps donné à s’occuper des chiens est énorme. Il y a peu de place pour d’autres activités et peu de temps off. Etre musher, c’est 365 jours par an (et je n’ose pas compter le nombre d’heures par jour). Marcelle est véritablement passionnée. Sa vie, c’est ses chiens. Elle ne semble pas ressentir de lassitude dans son quotidien. Bien au contraire. Lorsqu’elle part entrainer ses équipes, elle est heureuse. Introvertie, elle trouve son bonheur et son équilibre dans la nature avec sa meute.

La cabane d'Alayuk Adventures - Crédit photo : Routes parallèles

La cabane d’Alayuk Adventures – Crédit photo : Routes parallèles

C’est la première fois que je rencontre une personne comme ça. J’avoue qu’elle m’a longtemps fasciné. C’est une « dure à cuire » qui n’est pas du genre à se plaindre.
Au quotidien, la communication est malheureusement difficile à trouver. Peu de temps pour la parlote et le « côté social », elle est concentrée dans les préparatifs de sa grande course de l’Iditarod qui aura lieu en mars 2014. Cela demande de l’endurance, de la concentration et de la détermination (à un niveau extrême). Les chiens doivent faire énormément de sorties et de kilomètres pour être prêts physiquement et mentalement. Le défi sportif est grand, les risques sont extrêmes. Des vies sont souvent en jeu dans ce genre de compétition, car les mushers et leurs chiens s’aventurent au devant des terres les plus hostiles, vierges de tout signe de vie. Tout cela a un côté à la fois exceptionnel (de part le sentiment si puissant de liberté) et effrayant (de part les risques encourus). Ah ça, on n’est loin de la petite sortie autour du lac.

Yukon Wilderness - Crédit photo : Routes parallèles

Yukon Wilderness – Crédit photo : Routes parallèles

Etre Handler : un sens canin essentiel, un difficile équilibre à trouver…  

Les premiers jours de volontariat se passent bien. Je découvre les yeux grands ouverts ma nouvelle vie. Le travail est physique, soutenu, mais ça se déroule bien. J’apprends et fais mes premières erreurs. Tout comme le musher, nous avons en tant que handler peu de temps libre. Chaque matin, nous allumons avec Juliette notre feu dehors, assistons au magnifique lever de soleil, nettoyons le chenil et nourrissons les chiens. Puis nous commençons les attelages. Je participe aux entrainements en quad, nous avançons sur la création d’un nouveau sentier et j’assiste dès les premiers jours à une superbe aurore boréale. Je vis le rêve yukonnais grandeur nature ! L’immensité des paysages me coupe le souffle. Je me sens vivante. J’observe pas à pas les caractères des chiens, m’attache vite à Prince, Morisson, Doulik, Bijou, Olive et Dragon (surnommé Cacavore car il aime le caca et court toujours après notre pelle !)

northern lights

Une fois passée l’excitation de la découverte, l’élan retombe un peu. Après quelques semaines de travail au chenil, je ne me sens plus très bien. L’intégration et l’adaptation sont difficiles. J’essaye de voir le bon côté des choses, mais rien à faire, je ne sens pas de réelle connexion. Je préfère être sincère et ne pas vendre du rêve, être handler n’est en réalité pas très motivant si on n’a pas pour idée de devenir musher ou guide par la suite. Ce n’est pas du tout un bénévolat comme les autres.

Handler c’est l’équivalent du musher au niveau de l’implication : 100% ou rien. Comme on dit en anglais, il faut, pour apprécier ce type de volontariat, être « doggy ». Cela signifie comprendre les animaux, être bien avec eux, ne pas avoir peur, savoir les maitriser, agir et réagir à leur manière. Il faut savoir les comprendre, les soigner, repérer les signes anormaux, vivre pour eux.

Prince et moi en parfaite communion  - Dans le chenil d'Alayuk Adventures. Crédit photo : Marie Seillery

Prince et moi en parfaite communion – Dans le chenil d’Alayuk Adventures. Crédit photo : Marie Seillery

Problème rapidement repérable : je ne suis pas doggy. C’est étonnant car j’aime beaucoup les animaux, mais ça ne semble pas suffisant là-bas. Je ne suis pas assez passionnée et ne suis pas vétérinaire. J’avoue, toute ma vie ne tourne pas autour des chiens (surtout lorsque ce ne sont pas les nôtres !).

Le quotidien n’est donc pas si fun et nous n’avons pas véritablement de journées « off ». Lorsqu’on n’est pas habitué, en tant que bon petit français de la ville, on peut être facilement dérouté par l’exigence de cette vie de handler. Nourrir, nettoyer, atteler, nourrir, nettoyer, atteler…  Sans compter que l’attelage est la partie la plus délicate. Il ne faut vraiment pas avoir peur, il faut savoir tenir en laisse des chiens surexcités et ne pas faire d’erreurs lorsqu’on les mets sur la ligne (mes premiers pas ont davantage ressemblés à des trots,  des vols planés et des foirages d’attelage).

En gros, si vous voulez vivre l’expérience du grand nord avec des chiens de traineaux, et travailler pour un musher, sortez vos muscles et votre courage. Oubliez les petits weekends de détente avec vos amis, ça sera 7 jours sur 7 ! Vous oublierez vite les photos promos et les beaux sites Internet qui vous ont fait rêver…

Morisson et moi, lors d'un moment de pause - Crédit photo :  Marie Seillery

Pour vous faire une idée et être transparente, voici ce qu’on fait précisément de nos journées :

  • nettoyage du chenil matin et soir
  • hachage des blocs de viande et découpe du poisson (des gros saumons à scier !) le matin,
  • préparation et distribution des repas pour les 53 chiens deux fois par jour,
  • préparation des snacks pour les sorties
  • attelage des équipes pour les sorties et entrainements 2 à 4 fois par jour,
  • entre deux ( !), création d’une nouvelle trail pour l’hiver (débroussaillage)…
  • aide à la préparation des repas ou au nettoyage de la cuisine / maison
  • accompagnement des clients, suivi des expéditions en traineau ou en motoneige (perso je n’ai pas fait ça, j’ai loupé le plus fun !)

J’aime beaucoup tous les chiens et je m’attache vite à eux, mais vous l’aurez compris, il me manque l’essentiel pour m’épanouir et accepter ce travail : la passion. Au quotidien, je fais la job, mais je ne m’éclate pas. Ce n’est pas encore vraiment l’hiver et  il n’y a pas assez de neige pour faire du traineau (tout se fait en quad). Du fait de la hors-saison, il y a peu de clients, il faut donc « faire tourner le chenil ». Tous les jours, le même train-train. En tant que voyageur, j’avoue que j’ai perdu l’habitude de ça. J’aime que mes journées soient riches et différentes. Je me sens prisonnière au milieu des grands espaces vierges. C’est l’ironie du sort tiens…

De plus, la vie sociale me manque et je touche aux limites du bénévolat que je pratique depuis plusieurs mois. Je veux bien être gentille et donner, si en échange on est heureux, respecté et qu’on sent un vrai retour – un merci ça ne mangerait déjà pas de pain –.  Ben oui, on est des bénévoles, pas de la petite main d’œuvre à tout faire. Je n’ai pas quitté le monde du travail pour vivre pire dans le monde du bénévolat !

Cela dit, tout n’est pas noir et je m’attache très rapidement à Juliette avec qui je travaille. Nous nous comprenons d’un regard et passons des moments inoubliables ensemble. C’est ma petite lumière quotidienne, elle est courageuse, curieuse et attachante. Je la considère très vite comme une petite sœur. Nous aimons tout partager. J’aime l’entendre chanter et chercher ses nouvelles recettes de cuisine. Notre amitié se grave vite dans le bois yukonnais. Nous aimons profiter de nos moments de pause pour rendre visite aux voisines (Françoise et Josée, deux personnalités artistiques très attachantes). Je me rends alors compte, une tasse de thé à la main, que je suis surement plus passionnée par les humains que par les chiens (sacrilège !?!).

Juliette et moi - en communion Haribo, ils viennent de France oh Yeah (faut se soutenir et se reconforter comme on peut !!!)

Juliette et moi – en communion Haribo, ils viennent de France oh Yeah (faut se soutenir et se reconforter comme on peut !!!)

Plusieurs jours passent. Mes doutes s’intensifient. Comment vais-je « tenir » 6 mois ici ? Je savais que ça allait être dur et la fatigue ne m’effraie pas plus que ça, mais tout de même, ne suis-je pas censée m’épanouir ? Suis-je trop sociale pour aimer cette vie reculée, si belle soit-elle pour certaines personnes ?

Le Yukon, terre magnifiquement hostile ? Silence blanc et solitude.

Le Yukon, terre magnifiquement hostile ? Silence blanc et solitude.

Après ces temps de doutes et de réflexion, je décide de parler à Marcelle et de rompre mon engagement. Ce n’est bon pour personne de rester à un endroit qui n’est pas adapté à soi. Le cœur lourd, je m’excuse et demande à quitter l’aventure. Un mois seulement s’est écoulé. Pourtant j’ai l’impression d’avoir grandi d’un an. Il faut dire que du plus loin que je me souvienne, c’est la première fois que je romps un engagement. Pas facile… Cela dit, Marcelle me comprends et me dis que je ne dois pas rester si je ne me sens pas bien.

Entre doutes et nouveau départ : le patinage artistique du mois de novembre

Attention, ça va patiner, dans tous les sens du terme ! Sacré Yukon ! - Crédit photo : Marie Seillery

Attention, ça va patiner, dans tous les sens du terme ! Sacré Yukon ! – Crédit photo : Marie Seillery

Je suis découragée car mon rêve est brisé. Il faut dire, à quoi m’attendais-je en venant dans le grand nord ? A faire mumuse avec les chiens dans la neige… ?! Ah sacrée naïveté ! Le tourisme d’aventures en coulisse, ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit sur les belles photos et les publicités…

Le Yukon ne s’adapte pas à nous, c’est un territoire qui a des côtés hostiles. Merveilleux, puissant, vierge, flippant…

10 novembre. J’ai quitté Alayuk.
Oui, mais pour aller où en fait ? Qu’est ce que je vais faire maintenant ? Dois-je retourner au Manitoba ? A Montréal ? Plus rien n’a de sens. Dans ma tête j’étais venue dans le Grand Nord pour vivre 6 mois avec les chiens. C’était mon projet. Il n’y avait pas de plan B. Je vis alors subitement mon premier « échec » de voyage au long cours… Le genre d’échec qui te remet bien à ta petite place. Il fallait bien que ça arrive un jour… Mon cœur, mon esprit et mon corps se referment… Le ciel est bleu mais me semble gris. Je ne sais plus qui je suis, ce que je veux, à quoi je sers, pourquoi je voyage. Je commence à comprendre que je ne suis pas invincible et que je ne suis pas venue au Canada pour vendre du rêve. La réalité au quotidien est toute autre. Mes parents et amis me manquent. Je vis soudainement le bad trip qui arrive à tout voyageur/nomade un jour ou l’autre : la perte de sens. Je dis au revoir à mon égo et à ma fierté. Ils m’attendront sagement sur le paillasson le temps que je rebondisse.

Pour autant, chose que je constate depuis le début, je voyage seule mais je ne suis pas seule. Marie (avec qui j’ai partagé la route de l’Alberta au Yukon) et Amanda (son hôte pour un mois) m’accueillent dans leur bed and breakfast non loin de là. Une chance qu’elles soient là ! Marie me dit de bien réfléchir à la suite, qu’il ne faudrait pas quitter le Yukon sur un coup de tête. Elle me chamboule…, Je sais que c’est pour mon bien, mais je ressens juste un poignard dans le cœur… Vous savez, celui qui fait mal car il vous rappelle vos propres paroles… « Titi, le Yukon c’était ton rêve, tu nous bassines depuis le début avec ça, tu ne vas pas repartir au bout d’un mois parce que ça fonctionne pas comme tu l’avais prévu » !

La Yourte du Bed and Breakfast "Traveling Light" tenu par Amanda et Philippe Mouchet - Crédit photo : Routes parallèles

La Yourte du Bed and Breakfast « Traveling Light » tenu par Amanda et Philippe Mouchet – Crédit photo : Routes parallèles

Je pleure tout en en ayant marre de geindre et de ne pas savoir où j’en suis. Je me sens dans le Tonnerre de Zeus. Je suis en fait dans la descente des montagnes russes du voyage. Et non, tout n’est pas qu’un long chemin ensoleillé. Alors… Devrais-je tenter une nouvelle expérience ? Je n’ai pas le temps d’être paumée et de rêvasser, l’hiver s’installe et les températures chutent. Malgré la fatigue accumulée depuis le début de l’aventure et l’envie de tout claquer, je dois rester forte, retrouver un toit et un mental pour l’hiver.

« Va vers toi-même » !

Je décide alors de suivre les conseils de Marie mais aussi de suivre mon instinct. Je me donne une semaine de réflexion. J’accepte le fait que tout est en mouvement et que je dois suivre un nouveau flux, si insécurisant soit-il. Amanda, au bed and breakfast, a besoin d’aide. Elle me propose de rester après le départ de Marie, pour m’occuper des enfants, de la maison et de la yourte. J’apprécie la proposition mais ne sais pas trop quoi dire, car je n’ai jamais été à l’aise avec les enfants. J’hésite et attends le bon moment (ou un signe ?) pour prendre une décision…

Amanda me fait du bien. Je suis rapidement touchée par sa confiance et sa générosité. Elle m’héberge gratuitement sans me connaître, me parle et essaye de me tirer vers le haut. Je lui confie qu’entre les chiens et les enfants il y a une sacrée marge et que je n’ai jamais été nounou de ma vie, que je ne sais pas faire ça. Peu importe, elle me dit que j’y arriverais et que si ça ne fonctionne pas, je pourrais toujours envoyer un CV pour bosser à la boulangerie ou à la station de ski ! Je tombe de ma chaise. Je ne sais pas faire de pain, ni de ski au passage. Et alors ? Tu apprendras me dit-elle, t’es au Yukon ! Tout semble si facile et possible avec elle… En France, je n’aurais jamais pu vivre une situation comme celle là. Ici au Canada, on m’a souvent encouragé à me dépasser, peu importe mon passé, mon niveau d’études ou mes expériences. On nous donne toujours une chance d’apprendre. C’est comme ça depuis le début en fait, et c’est impressionnant le bien que ça fait.

"T'es adulte ? Tu sais jouer ? Tu sais faire des tartines ? Et tu sais dessiner. Alors tu sauras t'occuper des enfants !" (Amanda) - Crédit photo : Amanda Mouchet

« T’es adulte ? Tu sais jouer ? Tu sais faire des tartines ? Et tu sais dessiner. Alors tu sauras t’occuper des enfants ! » (Amanda, ma thérapeute lol) – Crédit photo : Amanda Mouchet

Les jours qui suivent font l’effet d’un ménage de printemps intérieur. J’avance sur ma route inconnue, je me pose, j’observe, je réfléchi. Je me rends compte que le bonheur est à l’intérieur de moi, qu’il faut que je m’écoute et me fasse confiance. Je dois me transformer et vaincre ma peur infondée des enfants. Après tout, je suis la seule à pouvoir me libérer de mes propres chaines (parfois, j’avoue, quelques encouragements et conseils aident, si on nous enfonce tout le temps on ne peut pas vraiment se libérer).

Déjà, je ressens que depuis quelques mois, beaucoup de barrières sont tombées et que je gagne doucement de la confiance en moi. Malgré ma récente fragilité, je peux me relever, me dépasser, me surprendre et faire voler en éclat cette foutue prison intérieure. Certes, j’ai vécu un échec avec Alayuk Adventures, mais au moins je sais ce pour quoi je ne suis pas faite, j’ai su dire non, stop et ça m’a rendue plus forte. J’ai su « survivre au Yukon » ! C’est une leçon de vie. Désormais, je dois penser à tracer ma propre route, développer le meilleur de moi-même, m’écouter davantage et prendre soin de moi, ce que je néglige trop souvent au profit de ce que j’appelle la frénésie de l’activisme. Aider les autres c’est bien, mais s’aider soi-même dans un premier temps (ou même temps), c’est encore mieux.

Changements et épanouissement

Et au bout de la route... la magie du parhélie. Cet éclat du Yukon illumine mes pas...

Et au bout de la route… la magie du parhélie. Cet éclat du Yukon illumine mes pas…

La semaine de réflexion n’avait pas encore été écoulée que j’avais finalement décidé de rester. De nouvelles portes se sont rapidement ouvertes. J’ai accepté la demande d’Amanda de l’aider dans son quotidien avec les enfants ainsi qu’au bed and breakfast. J’ai également rencontré l’association franco-yukonnaise et j’ai eu la chance de pouvoir enclencher un second bénévolat pour le service tourisme. En parallèle, une famille québécoise installée à Whitehorse me contactait pour que je vienne les aider à partir de janvier moyennant une indemnisation… *ça valait peut être le coup de rester !*
Finalement je n’ai pas suivi la voie canine au Yukon, mais j’ai trouvé une autre voie qui va m’apprendre plein de choses sur moi et m’épanouir davantage. Après tout, l’important n’est-il pas d’être en harmonie avec soi-même ?

Tous ces changements et nouvelles contrées feront l’objet d’un futur article plus joyeux et touristique. Ce que je peux vous dire ici c’est que depuis l’acceptation de ce nouveau volontariat chez Amanda, je m’étonne presque chaque jour et accepte mieux les changements et imprévus. Je vis au jour le jour et me dis qu’après tout, rien n’est jamais stable ou définitif. Je profite de la beauté du Yukon, j’apprends le fonctionnement des enfants ( !) et suis heureuse chaque jour de leur offrir mes services (malgré la fatigue). Je garde en tête, les jours de doutes, que le surplus est onéreux mais que l’essentiel est offert. Malgré les difficultés et désillusions, j’ai appris et compris beaucoup de choses depuis le mois d’octobre. Je n’ai au final peut-être pas de chez moi et pas beaucoup d’argent, mais je vis dans un endroit éblouissant (à peine croyable), je jouis de la pureté de l’air, de la luminosité spectaculaire du grand nord et je ressens de l’amour et du respect tout autour de moi.
Toucherais-je enfin du bout des doigts l’âme du pays ? Il est trop tôt pour le dire. Tout ce que je sais et ce que je sens, c’est que toi, sacré Yukon, tu m’en fais et m’en feras voir de toutes les couleurs.

Pour le meilleur (et on l’espère pas trop pour le pire), l’aventure continue… !

A suivre dans le prochain article : Ma nouvelle vie dans le grand froid yukonnais !

A suivre dans le prochain article : Vivre et s’amuser dans le grand froid yukonnais !

16 réflexions au sujet de « Passer l’hiver au Yukon : du rêve… à la réalité ! »

  1. Excellent ! Très bon article franchement. Oui parfois on passe par des phases comme ça où, alors qu’on était tellement certains que c’était ce qu’on devait faire, on se rend compte que bein… non :-/
    Grosse remise en question. Dis-toi bien que ça t’arrivera encore sûrement dans ta vie 😉
    J’adore ta phrase « le surplus est onéreux mais que l’essentiel est offert ». Je passe pas une phase financière très difficile en ce moment et, le fait de ne pas pouvoir acheter grand chose me force à faire le trie continuellement. « Ai-je réellement besoin de cette chose ou non ? » « Non… » Et finalement, tu te rends effectivement compte que tu n’as pas besoin de grand chose et qu’effectivement, c’est le surplus qui coûte cher dans la vie !
    Je suis content que tu ai trouvé une nouvelle direction qui te convienne plus. Tu vas voir, les enfants sont une réelle leçon de vie. Rien de tel pour te remettre les idées en place qu’une discussion avec un enfant de 5/6 ans. Il y a tant à apprendre ou plutôt ré-apprendre des enfants. Ce sont de vrais guides pour nos esprits déconnectés de la vraie vie. En tant qu’adultes, nous avons appris à vivre dans ce système humain, complètement déphasé de la nature. Les enfants, eux, ont encore ce côté naturel qui est là, en nous, dès notre naissance. C’est le conditionnement humain qui nous fait oublier tout ça par la suite et c’est si progressif qu’on ne s’en rend même plus compte. Jusqu’au jour ou, n tant qu’adulte, on se retrouve complètement perdu dans notre vie avec un sentiment d’être déconnecté de toute chose vraie. Entrer dans le monde des enfants est une chance de pouvoir retrouver notre vrai chemin d’Être humain.
    Bonne chance à toi dans ton parcours de d’auto-découverte. Il n’y a rien de plus passionnant.

  2. Hey!
    J’ai adoré ton article, qui est pour moi le meilleur de tous!
    Ta façon de raconter comment s’est passé ton échec est très belle!
    J’écris mon blog entre deux mais pas encore eu le temps de le mettre en ligne.
    Et j’hallucine car tu parle de ton mot préféré en anglais ou encore du « bad trip » que tu as fais et je parle de la même chose dans le mien (ouai, là tu as des infos avant tout le monde :p)
    On est partis quasi en même temps et j’ai l’impression que même si on ne fais pas le même parcours, on est au même rythme au niveau ressentis!
    Par contre tu avance plus vite que moi au niveau de ce que tu recherche vraiment…Tant que je travaillerai à Banff, je ne trouverai aucune liberté^^
    Et tu as raison sur le fait qu’au Canada on nous donne notre chance. J’ai moi même pris 3ans d’évolution en France en 6mois ici!
    Vas y au maximum, prends tout ce que tu peux apprendre des autres 😉
    Ps: la photo avec les crayons, j’adore! Elle est pleine de joie et de couleurs! 🙂
    J’attends avec impatience le next récit!
    Bises!
    Elodie.

  3. et bien bravo de tenter, de partir vers un projet, de changer parce-que a ne convient pas, de douter, de partager;
    je pense que tu vas te découvrir aussi et que cela est une sacrée aventure; continue ta route comme tu le souhaites et merci pour tes partages, tes magnifiques photos..Et je te suis ,hein, de loin , mais j’adore….

  4. Quel article touchant! J’en suis restée scotchée. Je trouve vraiment super de ta part de dire vraiment les choses comme tu les vis car dans beaucoup de blogs comme tu dis »on nous vend du rêve » et moi je trouve que c’est bien de dire aussi quand tout ne se passe pas comme prévu. Comme toi j’adore les voyages et le grand nord et le Yukon m’ont toujours fait rêver avec Jack London, l’Iditarod, Nicolas Vanier. Moi aussi je me prépare à voyager et toutes les questions que tu te posent je me dis que ça va m’arriver aussi (et même quelques unes déjà maintenant). Bravo pour ta plume et ta sincérité. Ce qui est sûr -même si je ne te connais que virtuellement- c’est que tu as bien fait de rester au Yukon, tu vas sûrement y trouver plein de réponses et apprendre sur toi. Ce qui est sûr aussi -même si le retour est encore loin- c’est qu’il faut que tu fasses quelque chose de tout ça : ton blog, ton aventure, tes adresses ne doivent pas rester sans suites. Un livre peut-être……Ton aventure est fascinante tout comme les photos, bravo. Tu donnes envie de voyager et de partir à l’aventure

  5. Eh bien voilà ! et je te confirme, pour effacer tes derniers doutes :
    – non, ton article n’est pas trop long !
    – oui, il sera lu jusqu’au bout par tous ceux qui te suivent, et ils sont de plus en plus nombreux !
    C’est vrai, il t’a fallu du temps pour le publier … mais comment aurait-il pu en être autrement ? Tant d’évènements imprévus se sont passés que le rédiger plus tôt aurait été une erreur et tu l’as vite compris.
    Voilà à présent un « article-vérité » qui, je l’espère, servira à tous ceux qui, un jour, seront tentés par ton aventure et qui, grâce à toi, ne feront pas les mêmes erreurs et tiendront compte de tes expériences. Et c’est là à mon sens que ta publication prendra tout son sens : servir, tout en apportant du rêve et non « balancer » de superbes cartes postales et laisser croire que « tout le monde il est beau … »
    Tu apportes une nouvelle dimension à ton récit et cela devient de plus en plus passionnant à lire ! Et nul doute que les enfants t’apporteront ce souffle nouveau dont tu as besoin autant que tu m’en as apporté lorsque tu étais enfant et que j’apprenais mon métier de père !
    allez, vivement le prochain article que l’on puisse « vivre et s’amuser » avec toi au Yukon ! 😉

  6. Magnifique article. Je suis depuis quelques temps au Yukon, je me suis retrouvé dans bon nombre de tes phrases. Dur de ne pas vendre du rêve quand on parle du grand nord. Même quand on essaie de vendre de la dure réalité, parfois, ça fait rêver…
    «Je me sens prisonnière au milieu des grands espaces vierges. C’est l’ironie du sort tiens…». Voila en sentiment que je ne connais que trop bien qui ne se comprend qu’une fois vécu.
    «Toucherais-je enfin du bout des doigts l’âme du pays ? Il est trop tôt pour le dire.» Je suis certain que tu l’as touchée déjà, attention c’est à partir de là que ça devient compliqué 😀
    J’aurais aimé faire un commentaire un peu plus intelligent mais je suis grandement en retard… les chiens ça n’attend pas tu le sais 😀 Encore merci pour cet article plein de sagesse, excellente continuation 😉

  7. Ooooh Titi ! Je suis contente que tu ais passé ce cap difficile, je continue de bien penser à toi ! C’est une sacré expérience que le Yukon quand même… En tous cas tu as bien fait d’écrire cet article et même s’il était moins « drôle » que d’autres, je prends toujours autant de plaisir à te lire. 🙂

  8. Ton article m’a noué l’estomac… Comme je comprends tes doutes et tes malaises, mais quelle belle expérience tu as vécu. Meme l’échec dont tu nous fais part est au final une très belle expérience, et à la fin de ton article, jen n’en retiens que du positif étrangement. Il faut se casser la figure pour avancer, et c’est ce que tu as fait. J’espère faire de meme l’année prochaine lors de mon PVT. ^_^

  9. C’est véritablement très généreux de ta part de puiser si loin au fond de toi-même, à la limite de la métaphysique, quand à la surface on constate surtout que le centre du problème vient de la rudesse d’esprit de l’entreprise d’Alayuk, qui – excuse moi du peu -, ont l’air de confondre « apprendre la dureté de la vie » avec « bosse dur gratos pour nous ça te fera la peau dure ».

    Tu lies ça très positivement avec ton cheminement global, ce qui crée une perspective profonde et humaine, perspective qui te permet de puiser de la force dans l’ » » » »échec » » », mais au bout d’un moment, qu’on soit au Yukon, à Lille ou à Bali, quand on s’fout d’ta gueule, on s’fout d’ta gueule ! T’as eu la force de mettre le holà rapidement et continuer ton chemin, ça te rend, à mes yeux, bien plus responsable et mûre que tu ne le laisses entendre.

    Super article en tout cas. Toujours aussi touchante 🙂

    (Comment on fête Noël au Yukon ? On a pas besoin de décorer déjà non?)

  10. Superbe récit nature et profond. On le sent, on te sent, on est de tout tout avec toi, et surtout de tout tout notre chair. Tu avances, tu doutes, tu exploses, tu explores et t’explores encore plus pour exploser de plus belle encore plus loin et encore plus vraie. Tu avances encore et toujours de tous tes petits pas titiesques, de tous tes petits sauts de puce d’aventurière et de dame (Melle) curieuse et chercheuse pour être, pour avoir, pour décider, pour savoir, pour connaître, pour aimer, pour donner, pour partager, pour t’aider à plonger toujours plus fort, tes belles perles bleues expressives dans de véritables échanges et pour recevoir en retour les étincelles d’humanité et de partage non monnayables dans tous les recoins de ton toi.
    Bon 14 à toi et prends bien soin de toi au Yukon et ailleurs. Je t’envoie une petite bière de Noël ch’ti and belge avec une fève dedans. Santé à toi !

  11. J’ai adoré ton article, c’est tout toi riche d’émotions, tu as su analyser et prendre sur toi (comme d’habitude) belle leçon ce n’est pas facile de reconnaître un échec (si on peut parler d’échec mais d’expérience plutôt) et surtout de l’écrire. c’est un grand pas en avant que tu fais encore une fois, tu as essayé ; finalement ce n’est pas ça ton rêve c’est quoi ? cherches tu va le trouver j’en suis sûre, tu n’es pas partie, tu n’as pas tout plaqué pour rien (en attendant, tu permets à plein de personnes que tu connais ou pas de profiter de tes récits et photos !!!) tes textes ne sont jamais trop longs t’inquiètes et Bonne année !!!

  12. Bravo, toi, dans ta jeunesse, tu te découvre et ouvre tes horizons. J’arrive a l’aube de mes 50 ans, canadien, et je n’ai pas vécu l’ombre de ce que tu a vu de chez nous et des expériences que tu a vécues. J’en ai du vécu pourtant plein d’expériences, ne t’en fais pas. Ton histoire de ton périple au Yukon m’ouvre encore plus grand mon envie de traverser cette ligne avec nature, la vie, qui est si près de moi et si complexe dans un passé pas si lointain, je suis séparé, mes enfants ont l’âge adulte 18 et 20 ans. Ton histoire m’émerveille, ça fait des mois que j’y pense, j’ai déjà commencer a liquider mes affaires pour sortir de ma réalité quotidienne et sortir des sentiers battus. Comme j’ai dis, j’ai du vécus, donc je ne sort pas sans rien, mais, j’ai ce besoin de me retrouver moi-même, vivre le présent au quotidien avec les défis nouveaux qui se dévoileront au quotidien. Je suis amant de la nature depuis ma tendre enfance, je chasse, je pêche, je fais du ski de fonds, raquette, vélo, toute les activités pour ressentir le présent, mais il me manque l’essentiel, un retour aux sources, et plus près des sources, me ressourcer totalement, me retrouver intérieurement, loin des quiétudes de la vie ordinaire de gagner son pain, payer le cable, télé, internet, loyer etc… retrouver l’essentiel, vivre et être tout simplement…Tu m’inspire beaucoup, merci de ce témoignage du coeur, de ton expérience Yukonnaise ! Tu fais du bien a des gens inconnus avec ton témoignage, et t’en remercie grandement, Daniel.

  13. Interessant retour sur ton début en tant que handler, effectivement ce n’est pas un volontariat comme un autre.
    Tu as bien fait de partir, la saison aurait été trèèèès longue.
    Au plaisir de te croiser sur les routes du Yukon 🙂
    Julien

  14. je t’ai envoyé un mail sur google (titre deux handlers à annie’s lake road). Je ne trouvais pas ton contact ailleurs!

    Au plaisir,

    Aurore.

  15. « Nous voulons te dire merci… ton article nous a fait du bien. Tu as mis des mots sur ce que nous n’arrivions pas à décrire depuis quelques jours…

    Nous sommes chez une autre musheuse, « employés » comme handlers cet hiver, depuis fin octobre, et nous ressentons exactement les mêmes sentiments que toi l’année dernière. Chiens chiens chiens, pas de social, pas de merci. Même si, on ne peut pas dire le contraire, la musheuse est quelqu’un de gentil.

    L’excitation retombe, et on commence à sérieusement se demander ce qu’on fait là (« quoi? tu ne fais rien de spécial à Noël? » … impensable pour nous!).

    Nous commençons donc à envisager une suite, à chercher d’autres volontariat plus vivants socialement parlant.

    Pour info, Marcelle est toujours sur le trail, avec ses chiens et handlers, et semble toujours bien introvertie 🙂

    A & G »

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